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Histoire 

Qu'est-ce qu'un sloughi?
Une analyse critique de “Le Sloughi” par A. Perron
 Dr. Dominique Crapon de Caprona 
Traduit de l’anglais par Dr. Anne D’Ersu
© de Caprona, 2008

 Avant de se pencher sur cet article, il convient de le replacer dans le contexte général de l'époque. Avant la seconde guerre mondiale, les cynologues français avaient mis en garde contre la confusion qui régnait entre lévriers du Moyen Orient et sloughi d'Afrique du Nord (voir The Sloughi 1852-1952 pour une description détaillée), à une époque ou les premiers lévriers syriens et persans commencaient à être importés en Europe, c'est à dire 70 à 80 ans après que le sloughi d'Afrique du Nord avait été bien implanté en France, puis aux Pays-Bas. Nous sommes maintenant en 1952, quelques années après la fin de la guerre, et la confusion semble complète.

Les premières phrases de cet article avancent ce qui suit :
 

Le Sloughi est un chien splendidement racé qui n'a pas changé de type et de structure depuis des siècles.  C'est un lévrier arabe connu en Afrique du Nord dès la plus haute antiquité. Il est originaire de Syrie et il fut surtout importé au moment des grands mouvements islamiques aux VIIème et VIIIème siècles; il se répandit en Égypte et au Maghreb, et il y conquit une place prépondérante.

 Ce lévrier asiatique fut élevé et utilisé selon la plus ancienne tradition arabe. Splendide athlète à l'allure fière, noble, distante, il fut choyé par les Arabes, et sa race a été maintenue intégralement pure.

 Elles sont suivies d’une version légèrement modifiée du texte du standard de la race de 1938.

 Cet article marque un étape importante en ce qu’il nourrit la confusion entre le sloughi d'Afrique du Nord et le saluki à poil court du Moyen Orient, ce qui aura des  conséquences profondes sur certains élevages européens. La zone géographique d’expansion du Sloughi sera par la suite élargie pour inclure l’Afghanistan.

Le sloughi vient-il de Syrie et est-ce une race asiatique?

 Rien en fait ne prouve que le sloughi d'Afrique du Nord vienne de Syrie et qu’il ait été introduit par les Arabes lorsqu’ils ont envahi cette région.
 A l'époque où cet article a été écrit, personne ne connaissait l'avancée scientifique récente qui voulait que la domestication du chien ait probablement eu lieu en   Chine près de 16.000 ans auparavant et que toutes les races de chiens soient donc originaires de ce pays. Alors oui, dans ce sens, comme toutes les races de chiens le sloughi vient de Chine.

 Mais si l'on remonte à il y a environ 1200 ans, en réalité rien ne prouve que le sloughi soit une race de lévrier asiatique, ni qu’il vienne d’Orient, une phrase qui avait été inscrite dans la version du standard de la FCI, antérieure au standard actuel.  Heureusement, elle a été retirée du standard actuel qui stipule à juste titre que le sloughi vient d’Afrique du Nord.

 Dans l’Egypte ancienne déjà, des chiens à oreilles tombantes étaient représentés sur des objets, tel ce chien en ivoire trouvé à Hiérakonpolis remontant à une ère située entre 3400 avant J.C environ et le début de l' “Ancien Empire” en 2575 avant J.C.

Lop-eared hound, ivory, from Hierakonpolis, Ashmolean Museum, Oxford, United Kingdom.
 

Chien à oreilles tombantes, ivoire, de Hiérakonpolis, Ashmolean Museum, Oxford, Angleterre.

Jean Capart (1905) écrit:

.On peut distinguer deux races de chiens: un genre de mastiff, fort et puissant, qui était employé à la chasse au lion; et aussi une race de grand chiens courants, de silhouette mince, aux oreilles pendantes, la tête ressemblant à celle d’un foxhound moderne, et dont la robe était soit noire et blanche, soit fauve et blanche. C’est à cette classe d’animaux qu’appartient le chien représenté par une sculpture en ivoire découverte à Hiérakonpolis….”

 Certains soutiennent que ce sont les Hyksos (dont on pense qu'ils venaient de Syrie/Palestine) qui ont envahi la “Basse Egypte” au 17ème siècle avant J.C et occuppé  l’Egypte pendant près d’un siècle, qui ont amené avec eux les lévriers à oreilles tombantes. Toutefois, des lévriers à oreilles droites et à oreilles tombantes ont coexisté avant les Hyksos, et les lévriers à oreilles tombantes ont aussi fait partie des tributs payés aux pharaons qui venaient du pays de Punt/de Nubie, dont on pense qu'ils étaient situés dans le sud de l’Egypte. Il existe de nombreuses représentations de lévriers à oreilles tombantes dans l’Egypte ancienne, certaines assez célèbres. Par exemple, ils sont représentés courant sous le chariot de Toutankhamon pendant qu’il fait la guerre ou qu’il chasse.

Pharaoh Tutankhamen, 12th King of the 18th Dynasty, 1336- 1327 B.C.
Pharaon Toutankhamon, 12ème roi de la 18ème dynastie, 1336-1327 avant J.C.
Chassant avec des lévriers à oreilles tombantes © Siebel, 2004

Detail, lop-eared Sighthounds under Pharaoh Tutankhamen’s war chariot. © Siebel, 2004
Detail, lévriers à oreilles tombantes sous le char de guerre du pharaon Toutankhamon.  © Siebel, 2004

La mommie d’un petit lévrier de couleur sable au musée du Caire témoigne de l'attachement de leurs propriétaires à ces chiens.

The lop-reared Sighthound mummy in the Cairo Museum, 18th Dynasty (1550-1292 BC). According to the Museum, it was possibly owned by Amenhotep II, 7th King of the 18th Dynasty, 1427-1392 BC, or Horemheb, the last King of the 18th Dynasty, 1319-1292 BC , Valley of the Kings, Egypt. © Siebel, 2004
La mommie d’un lévrier à oreilles tombantes au musée du Caire, 18 ème dynastie (1550-1292 avant J.C.). D’après le Musée,
il appartenait peut-être à Amenhotep II, 7ème roi de la 18ème dynastie, 1427-1392 avant J.C., ou à Horemheb, 
dernier roi de la 18ème dynastie, 1319-1292 avant J.C. , Vallée des Rois, Egypte.© Siebel, 2004

En 1948 Dorothy W. Phillips écrit:
.....de vastes chenils destinés aux chiens royaux ont été trouvés dans les dépendances de propriétés à el' Amarne  et dans une partie de l’une d'entre elles se trouvaient de très nombreux os de lévriers. Nous savons qu’une belle race de chiens était importée de Punt, un territoire situé dans le sud de l’Egypte.  Dans la tombe d’un chasseur de la XVIII dynastie, Muy-hir-pery, deux colliers réservés à ce type de chiens faisaient partie des objets funéraires.  Un collier très travaillé avec des animaux en relief en métal doré indique le nom du chien qui l’avait port é - Ta-en-nut, que l'on peut traduire par  “celle de la ville” ou “chien de ville”. Beaucoup de noms de chiens favoris nous ont étés transmis – “Ebène”, “Le Noir”, “Pot à cuire”, “Celui qui saisit”, pour n' en citer que quelques uns, et plusieurs d'entre eux sont fabriqués à partir du mot “abu”, qui semble être une version égyptienne de notre “oua oua”. Un chien du nom d'“Abutiu” a servi si fidèlement un roi dans l'" Ancien Empire” que lorsqu’ il est mort, le pharaon reconnaissant ordonna  “qu’il soit enterré avec cérémonie, qu’il lui soit donné un cercueil du trésor royal, du linge fin en grande quantité, de l’encens….et qu’une équipe de maçons lui construise une tombe   ….” 

Le sloughi a-t-il été introduit en Afrique du Nord par les Arabes?

 On estime que le sloughi est le lévrier du peuple Berbère, et qu’un autre lévrier africain, l’azawakh, est celui des Touaregs, l'une des tribus berbères. Les comptes-rendus les plus anciens montrent que les Berbères habitaient déja l’Afrique du Nord 3000 ans avant J.C., à l’époque de l’Egypte ancienne. Le Sahara était une savanne habitée par l'homme il y a près de 8000 ans. La manière dont les autres cultures d'Afrique du Nord et leurs chiens sont reliées au sloughi reste encore mystérieuse. On a récemment découvert que les Garamantes, un peuple qui descendait des Berbères et des peuples pastoraux du Sahara, ont constitué une civilisation majeure du désert du Sahara, surtout dans le sud-ouest de la Libye (Fazzan). On pense qu’ils étaient présents dans la région dès l'an 1000 ans avant J.C. et qu’ils commerçaient activement avec les Romains. Huit grandes villes garamantiennes ont été découvertes récemment et font actuellement l'objet de fouilles. Les pays berbères ont subi diverses invasions, l’invasion arabe n’en étant qu'une parmi d'autres.

 Les Phéniciens (dérivé de Phénicia, nom grec désignant le pays et le peuple vivant sur la côte de la Syrie dans l'antiquité, à l’extrémité orientale de la  Méditerranée) avaient créé la puissante Carthage (aujourd'hui Tunis) dont le rayonnement a été important, jusqu’ à ce que les Romains parviennent à vaincre Hannibal et à prendre le contrôle de la ville en 202 avant J.C.  Au Musée du Bardo à Tunis, des mosaïques et des pierres gravées d'origine romaine montrent que des lévriers à poil court étaient présents en Tunisie avant que les Arabes n'envahissent l’Afrique du Nord.  Ces mosaïques ne nous disent pas cependant si ces lévriers à poil court étaient venus avec les Romains, ou s’ils étaient originaires de la région et simplement utilisés pour la chasse par les Romains.

hunting scene of a Roman mosaic © de Caprona, 1999
Ci-dessus: scène de chasse sur une mosaïque romaine  © de Caprona, 1999 

Ci-dessous: pierre romaine gravée © de Caprona, 1999
Musée du Bardo, Tunis, Tunisie
Roman stone engravings © de Caprona, 1999





 Par la suite, les Vandales (qui venaient de ce qui est aujourd'hui le Danemark) ont vaincu les Romains en 428 après J.C. et ont envahi l’Afrique du Nord, surtout l’Algérie et le nord du Maroc.  Un siècle plus tard, ils sont vaincus par le général byzantin Belisarius. A partir d’environ 1045 après J.C. et pendant plusieurs siècles, les Bédouins nomades d’Arabie centrale ont régulièrement envahi l’Afrique du Nord. L’empire Ottoman (les Turcs) a détruit le sultanat Mamelouk en 1517 et conquis la Syrie, la Palestine, l’Egypte et l’Arabie, jusqu’à son démantèlement en 1923. Les Arabes et les Berbères se combattaient férocement, si bien que l’on peut penser que les Berbères n’ont peut-être pas croisé leurs lévriers avec ceux des envahisseurs.  De plus, s’il faut croire que les Arabes ont amené des chiens avec eux, on doit alors supposer que les Phéniciens, les Romains, les Vandales et les Turcs ont fait de même. Peut-être que certains de ces envahisseurs ont emmené des chiens d' Afrique du Nord chez eux quand ils sont rentrés. Tant de siècles se sont écoulés depuis qu' il n’y a vraiment aucun moyen de savoir ce qui s’est passé à l’époque, ni comment ces évènements ont pu contribuer à ce qu’est le sloughi d'Afrique du Nord d'aujourd’hui.

Il est impossible de répondre à la question de savoir ce qu' étaient ces anciens lévriers à poil court.  Etant donné les milliers d’années qui nous séparent de cette époque, ils ne ressemblaient probablement pas aux lévriers à poil court que nous connaissons aujourd’hui. L’évolution ne s’arrête jamais, et si ces anciens chiens africains étaient les ancêtres des lévriers africains actuels, ils ont évolué au cours des siècles pour donner les races que nous connaissons aujourd’hui. 

Pourquoi confond-on le sloughi d'Afrique du Nord avec les lévriers du Moyen Orient?

 A la fin de la seconde guerre mondiale, cette confusion entre le sloughi d'Afrique du nord et le lévrier du Moyen Orient à poils court, et plus tard le lévrier afghan à poils court, semble n’être basée que sur une ressemblance superfielle de ces races: un lévrier à poil court et oreilles tombantes, qu’il soit d’Afrique du Nord, d’Arabie ou d’Afghanistan.

 Pourtant, le peu que les éleveurs connaissaient des caractères héréditaires à l’époque aurait dû mettre en évidence le fait que des races qui présentent deux types de  robes ne peuvent pas produire des chiots ayant toujours le poil court et ne peuvent donc pas être des sloughis d'Afrique du Nord. Evidemment, certaines notions de génétique étaient alors peu connues, tels les gènes (récessifs ou dominants), l’ADN, l'ADN mitochondrial, l'ADN parental et la dérive génétique entre des populations qui sont géographiquement, donc génétiquement, séparées les unes des autres. La double hélice d'ADN a été décrite pour la première fois par J. D. Watson et H. C. Crick en 1953.  E. Reich et D. J. Luck ont décrit la réplication et le caractère héréditaire de l'ADN mitochondrial en 1966.  La notion de dérive génétique comme moteur de l'évolution a été présentée en 1979 par M. Kimura, pour faire suite à sa théorie de la mutation et de la dérive aléatoire formulée en 1977.   S. D. Ferris, A. C. Wilson et W. M. Brown ont utilisé de l'ADN mitochondrial pour des recherches  généalogiques en 1981.

 Ces découvertes ont montré que l’ADN n'évolue pas de la même manière dans des populations animales séparées géographiquement, les rendant ainsi génétiquement différentes au bout d'un certain temps. En biologie, une même allure n’implique pas forcément une similitude des gènes; elle peut être le résultat de l'adaptation des animaux à une même fonction, qui opère une sélection et produit cette ressemblance, que les animaux soient étroitement apparentés ou non.
 Mais malgré ces découvertes, l’opinion erronée selon laquelle ces populations de chiens qui vivent à des milliers de kilomètres les unes des autres appartiennent à la même race perdure encore au 21ème siècle pour certains (les défenseurs de la “théorie Saluqi”) et en Europe, où certains éleveurs ont croisé le saluki à poil court et l'afghan à poil court avec des lignées de sloughis d'Afrique du nord. Des études génétiques récentes montrent de fait que le sloughi d'Afrique du nord posséde des haplotypes d'ADN mitochondrial distincts, que ne partagent pas les salukis ni les lévriers afghans.

 Nous ne saurons probablement jamais comment le sloughi, ou lévrier d'Afrique du nord, est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Le fait est que quelle que soit son histoire réelle, c’est une race de lévriers africains qui a toujours le poil court. S’il avait eu des contacts importants et répétés avec les lévriers orientaux, ou s’il était issu de croisements avec ces derniers, il montrerait aussi une variété à poils longs, et partagerait le même ADN mitochondrial, ce qui n’est pas le cas.

 C'est pourquoi, si l'on veut  préserver sérieusement le sloughi, c'est sur des chiens tels qu’ils sont encore élevés de façon traditionnelle en Afrique du Nord qu'il faudra concentrer les efforts, en évitant de les croiser ou de continuer à faire des croisements consanguins avec des chiens qui viennent ou sont venus de zones géographiques situées ailleurs qu'en Afrique.
 

Remerciements: 
 Je remercie Els Siebel qui m’a autorisée à utiliser ses photos et Jack McGuffin, M.Ed., qui a vérifié la version anglaise de cet article.

References:

Jean Capart (1905): "Primitive Art in Egypt", London, H.Grevel & Co.

Dorothy W. Phillips (1948): “Ancient Egyptian Animals”, the Metropolitan Museum of Art, New York.
Christiane Desroches-Noblecourt (1963): “Tutankhamen, Life and Death of a Pharaoh”, Penguin Books, London.
Peter Savolainen, Zhang, Y.P., Luo, J., Lundeberg, J., Leitner, T. (2002): “Genetic Evidence for an East Asian Origin of Domestic Dogs”, Science, 298: 1610-3
David Keys (2004): “Kingdom of the Sands” in Archeology, Volume 57, Number 2
D. Crapon de Caprona & Bernd Fritzsch (2004): ”Sloughi, Saluki, Saluqi…Genetic Data Help Separate Semantics From Evidence”, in Dogs In Review, Hound Breeds Issue, July 2004, ed. Bo Bengtson, and on the web http://sloughi.tripod.com/SFAA/MitochondrialDNA.html
M.-Dominique Crapon de Caprona (2008): "The Sloughi 1852-1952”, Signature Printing, USA.
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